logo shakaschool

Les moutons qui ne savaient pas nager !     Poitiers, le 03/12/2019

Mardi 3 décembre 2019
auto école Shaka School image 1

Bonjour à tous,

 

Avec un tel titre, vous devez certainement vous demander de quoi je vais bien pouvoir vous parler cette fois ?

 

La pénurie de carburant ?

J’ai assisté ce matin à une scène complétement loufoque. En effet, en me rendant à l’AUTO-ECOLE, je me suis retrouvé bloqué par des véhicules à l’arrêt au niveau du carrefour à sens giratoire de la station-service de l’INTERMARCHE de la DEMI-LUNE. Cette file ininterrompue de véhicules allait du feu de la rocade jusqu’aux pompes à carburant. Les 3 automobilistes devant moi, agacés, ont pris l’initiative de s’engager à contresens dans le rond-point afin de ne pas se retrouver bloquer… Pour ma part, j’ai opté pour un détour de 3 km pour rejoindre SHAKA SCHOOL

Vous n’êtes pas sans savoir que depuis quelques jours les gens se ruent sur les stations essence afin d’effectuer le plein avant une hypothétique pénurie de carburant. Cela entraine un phénomène auto-alimenté (sans mauvais jeu de mot) :

  1. Les gens font la queue pour faire le plein et remplir des jerricans, au cas où il y aurait une pénurie.
  2. La demande étant très supérieure à l’offre. Les stations se vident.
  3. Du coup, les gens se ruent sur les autres stations-services.
  4. Les gens qui découvrent les files d’attente interminables aux stations s’angoissent et se persuadent qu’une crise est en train de se produire et, « mécaniquement », la pénurie finit par arriver.
  5. Les gens sont stressés et ils ont perdu beaucoup de temps mais ils se disent qu’ils ont bien fait d’aller faire le plein avant la pénurie de carburant qu’ils ont eux-mêmes créée.

La majeure partie des gens à être aller remplir le réservoir de leurs voitures ont agi très certainement par « PANURGISME » ! Mais qu’est-ce donc que le « PANURGISME ». Ce terme est assez connu des enseignants de la conduite car nous sensibilisons nos élèves (PERMIS AUTO ou MOTO) sur ce phénomène.

 

Le panurgisme et la sécurité routière ?

Le terme de « panurgisme » désigne la tendance à imiter aveuglément, stupidement, ce que l'on voit faire par les autres, sans se poser de questions, sans exercer le moindre esprit critique. Il décrit une attitude grégaire, passive, intervenant sous l'influence du plus grand nombre ou du groupe, pour faire comme tout le monde. Cette attitude où l'on ne s'éloigne pas des conventions, permet de ne pas se faire remarquer.

Chaque usager de la route décide ce qu’il va faire en fonction des autres, de leur présence et de ce qu’ils font : leur allure, leur direction, les intentions qu’ils manifestent soit par des signaux soit par des variations de leur direction et de leur vitesse. Cette constante adaptation réciproque est une des conditions de la sécurité. Mais tenir compte du comportement des autres ne devrait pas signifier : imiter les autres. Pour sa sécurité chacun doit décider en fonction des autres, mais chacun doit décider également pour lui-même, sans se laisser influencer, sans jamais agir comme s’il pensait : « puisqu’il passe, je passe aussi ». Notez que la fatigue augmente la tendance au « panurgisme ».

Les conducteurs de véhicules, et aussi les piétons, imitent souvent, sans réflexion, le comportement de celui qui les précède. Cette imitation entraîne parfois des accidents. Voici quelques exemples de ce dangereux « suivisme » :

  • En dépassant :

Un conducteur roule à faible distance derrière un véhicule dont le conducteur entreprend un dépassement. Il lui « emboîte le pas » et dépasse « dans la foulée ». Mais il n’a pas pu voir la route devant lui parce qu’elle était masquée par le véhicule suivi. Le conducteur de ce dernier véhicule a, peut-être, entrepris un dépassement qui est un peu « juste » parce qu’un troisième véhicule arrive en sens inverse. Le conducteur qui dépasse « dans la foulée », par imitation, se trouve face à face avec celui qui arrive en sens inverse. Aura-t-il le temps de se rabattre à droite ?

  • En tournant :

Un conducteur tourne à droite à une intersection. Il suit, à faible distance, une voiture qui tourne à droite elle aussi. Il a l’impression que cette voiture lui « ouvre le passage ». Mais cette voiture s’arrête brusquement, à cause d’un piéton, par exemple : télescopage. Le conducteur aurait dû évaluer lui-même les risques du tournant à droite et ne pas être « rassuré » par le fait de suivre une autre voiture.

  • A feu jaune :

Un conducteur franchit, dans des conditions normales, un feu jaune fixe qui vient de s’allumer. Un autre conducteur qui le suit passe aussi, mais ce conducteur aurait pu, aurait dû, s’arrêter : il a suivi, il est passé au rouge.

  • A une intersection :

A une intersection, un conducteur estime, avec raison, qu’il peut passer avant un véhicule auquel il devrait céder le passage si ce véhicule était plus proche ou plus rapide. Un autre conducteur qui suit le premier et qui arrive donc à l’intersection un peu plus tard, refuse dangereusement la priorité à celui auquel il aurait dû céder le passage.

  • Au stop :

Deux voitures sont arrêtées à un signal l’une derrière l’autre. Le conducteur de la première juge qu’il peut s’engager sans risque. Le conducteur de la seconde voiture lui emboîte le pas sans tenir compte du fait qu’il s’engagera nécessairement un peu plus tard que le premier …

  • Les piétons :

Lorsqu’un piéton attend pour traverser la chaussée, il s’engage lorsqu’il juge qu’il peut le faire sans danger. Mais si plusieurs piétons attendent, certains suivront peut-être le premier alors qu’ils ne disposent plus du temps suffisant pour traverser en sécurité.

 

François RABELAIS et le mouton de Panurge !

Tout d’abord un peu de culture ! Je voudrais vous parler de quelqu’un que vous connaissez peut-être, il s’agit de : François RABELAIS. C’est un écrivain français humaniste de la Renaissance, né en 1494 à la Devinière à Seuilly, près de Chinon. Ce personnage est assez connu des habitants de Poitiers car il affirmait y avoir étudié le droit. Aujourd’hui une rue et une cité du CROUS portent d’ailleurs son nom.

François RABELAIS est connu pour avoir écrit des œuvres majeures comme Pantagruel (1532) et Gargantua (1534). Pour les plus curieux d’entre vous, sachez que le monument de la Pierre levée (située aux abords de la prison du même nom) est évoqué dans le chapitre des « Faits du noble Pantagruel en son jeune âge ». Envoyé à Poitiers pour étudier, il aurait arraché la Pierre levée de la falaise pour en faire une table de banquets pour les étudiants…

Mais revenons à ce qui nous intéresse. Le terme de « panurgisme » vient de Panurge qui est un personnage de Rabelais (1494-1553), à l'esprit inventif, ami du géant Gargantua et compagnon de Pantagruel. L'expression moutons de Panurge provient d'une scène du Quart Livre, lorsque Panurge jette à la mer, depuis un bateau, l'un des moutons du marchand Dindenault, entraînant à sa suite le reste du troupeau ainsi que Dindenault lui-même. Un "mouton de panurge" est resté dans le langage courant pour désigner un suiveur ou dénoncer l'esprit grégaire.

 

Epilogue …

Je pense que, pour diverses raisons, notre société est fatiguée. Cette fatigue catalyse ce phénomène de « panurgisme » dont nous sommes tous victime à un moment donné ou à un autre. Nous sommes capables et nous devons prendre du recul sur nos agissements, raisonner en connaissance de cause et agir avec discernement.

D'ailleurs, si je devais conseiller un de mes élèves sur la gestion de carburant, je lui dirais :

  • Partage ton véhicule avec d'autres personnes. Le covoiturage permet de diminuer drastiquement la consommation de carburant.
  • Pratique l'éco-conduite en anticipant au maximum les situations que tu rencontres.
  • Fais ton plein de carburant uniquement si ton réservoir est presque vide (1/4 du plein).
  • Si tu viens faire ton plein et que la station est saturée de véhicules qui attendent, passe ton chemin.
  • Si tu te retrouves bloqué dans un embouteillage, rappelles-toi des principes élémentaires de sécurité routière. Ne t’énerve pas, ne t’engage pas dans les intersections si tu n’es pas sûr de pouvoir les dégager. Assurément, tu auras autour de toi des gens agacés, fatigués, qui ne manqueront pas de te klaxonner mais ne sombre pas comme eux dans l’agacement ...

Maintenant vous savez tout et si vous voyez devant vous un mouton se jeter à la mer, aussi beau et charismatique qu'il puisse être, prenez la peine d'analyser la situation avant d'agir. Chacun dispose de son libre arbitre et je ne veux pas vous dire quoi faire mais vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas …

Avec toute ma bienveillance.

 

SHAKA

 

Sources :

  • Code de la conduite : Le « panurgisme ». P.285
  • Wikipedia